Acheter local

Tu vois partout en magasin des étiquettes « Produit du Québec » et tu te dis peut-être, oui, c’est pas mauvais d’encourager l’économie d’ici. Puis tu vois le prix et peut-être même que ça te fait changer d’avis. Tu fronce les sourcils en te demandant pourquoi c’est toujours plus cher au Québec, tu choisis le truc d’à côté qui vient de tu-t’en-fou-un-peu et qui est bien moins cher.

Le juste prix

Le juste prix, tu sais ce que c’est? C’est la valeur réelle d’un produit ou service qui respecte l’économie et les gens qui ont travaillés pour le produire. C’est simple, un produit fabriqués en Chine ou au Bengladesh  par des enfants exploités coûte bien moins cher à fabriquer puisque le salaire versé – encore que salaire est un bien grand mot – n’est même pas proche du prix d’un simple café.

Donc c’est sûr que si je fabrique une petite chaussure en cuir ici, au Québec, avec des employés que j’ai payé un salaire décent et des taxes versées au gouvernement, ben elle me coûte plus cher à produire. Donc je dois la vendre plus cher.

Ok. Mais pourquoi toi, accroché à ta poignée de carrosse dans l’allée du magasin, tu déciderais de la payer plus chère?

Je sais pas pour toi, mais pour ma part, je ne peux pas me résoudre à encourager l’exploitation des enfants, des femmes, des humains. Je ne peux pas encourager une forme d’esclavage, même si ça ne se passe pas dans ma face. Je suis pas capable, quand je vois la dite chaussure, de ne pas voir le kid de 8 ans, les mains déjà usées, en train de passer ses journées dans une usine pourrie, où la sécurité est clairement inexistante, au lieu d’être en train de jouer dehors avec les gamins de son âge.

Et puis y a mon voisin, qui travaillait dans une usine de chaussures ici au Québec et qui a perdu son emploi il y a quelques mois, quand son usine a fermée car les gens préfèrent acheter les chaussures qui viennent de Chine parce qu’elles sont bien moins chères. Lui, il arrive pas à se retrouver un emploi, et il est sur le chômage. Le chômage, c’est qui qui paie ça? Ben c’est toi et moi, au final. Ça aussi, je le vois quand je regarde les chaussures sur la tablette du magasin.

Tu pourrais me dire que le kid en Chine ou au Bengladesh, s’il perd son emploi et qu’il peut plus se nourrir, c’est pas mieux. C’est pas tout à fait comme ça que ça fonctionne. Parce que si plus personne ici achète les chaussures faites par des enfants exploités, les usines là-bas vont s’adapter. Ils vont changer la manière de traiter leurs employés et cesser d’embaucher des enfants. À la place, ils vont engager leurs parents qui vont avoir assez de sous pour nourrir leur progéniture. C’est la loi du marché.

Et puis on va se dire les vraies affaires : ta chaussure achetée à 12,99, fabriquée quelque part dans le monde, elle va pas durer longtemps.

L’impact écolo

Ya aussi que, le produit qui vient de l’autre bout du monde a dû traverser une sacrée bonne distance pour se rendre ici. En avion, ou en bateau. Pas mal de carburant très polluant a été utilisé. Pire, l’usine en là-bas utilise du charbon pour produire l’énergie dont elle a besoin pour fabriquer la chaussure. Ça aussi, ça pollue sur un méchant temps. Ah oui et la doublure intérieure qu’ils utilisent à la place du cuir pour réduire les coûts? Ben c’est un composé hyper chimique à base de pétrole et d’autres éléments qui produisent des déchets toxiques. Le recyclage que tu fais dans un mois entier ne compense même pas pour la petite chaussure que tu vas porter deux mois avant qu’elle ne brise. Tu te dis, bah, 12,99$, pour deux mois, ça fait 6,50$ par mois que j’ai porté ma chaussure, c’est pas si pire.

Une fois brisée, tu fais quoi avec? Ben tu la mets aux poubelles. Le composé plastique à l’intérieur (et celui qui compose le cuir, parce qu’au fond, ce qu’on appelle du cuir est en fait des restant de bouts de cuir amalgamés avec une genre de colle plastique et remoulé en feuille de « cuir »), il va prendre des années à ce décomposer dans la nature. Ce faisant, il va libérer ses produits toxiques dans l’air et le sol.

Ya un village, qui est pas à côté mais pas si loin du site d’enfouissement de déchet. On sait pas pourquoi, mais les gens qui habitent là sont souvent malades. Plus que la moyenne. Ils sont toujours rendus chez le médecin, prennent des médicaments. Qui paie pour ça? Ben toi et moi, au final.

Ah oui, le site d’enfouissement, on a découvert qu’il avait contaminé les terres environnantes. On va devoir le décontaminer. Le gouvernement va payer pour ça. Toi et moi, finalement, on va encore payer pour ça, en bout de ligne.

Sérieux, est-ce que ça le vaut?

Oui, la chaussure d’à côté coûte 59,99$. Mais elle va te durer au moins 5 ans. 12$ par année. Fais le calcul : c’est 1$ par mois. As-tu vraiment sauvé de l’argent? Est-ce que ça valait vraiment le coût global sur ta société et ton environnement?

Acheter c’est voter. C’est envoyer un message autant aux détaillants qu’aux dirigeants. Si on faisait plus d’achats locaux, équitables et écolos, le marché n’aurait d’autre choix que de s’ajuster. Les gouvernements subventionneraient les entreprises en conséquence. Plus d’emplois créés ici. Moins de pollution. Moins d’exploitation.

Au final, toi et moi, on y gagne.