Ma grand-mère ne recyclait pas

Ma grand-mère maternelle, Yvonne de son prénom, est née en 1909 et s’est éteinte en 1996. Elle a vécu la majorité de sa vie dans un petit village nommé St-Adelphe, situé « deux pouces en bas de la map », comme on se plaisait à le dire. Petit village où il y a eu longtemps un magasin général et un bureau de poste où l’on devait se déplacer pour y ramasser son courrier (c’est peut-être même encore le cas). Pas de facteurs. J’allais y passer quelques semaines, en été, dans les années 80 et 90.

La famille a longtemps eu une ferme, mais je n’ai pas connu cette époque. La maison se trouvait donc maintenant au cœur du village, et avait tout de même un côté fort pittoresque pour la petite citadine que j’étais.

Ma grand-mère m’a appris une foule de choses, dont comment monter des œufs en neige à la main, (oui madame!) et en faire des glaces aux fraises. Tout ce qu’elle faisait m’apparaissait à la fois bizarre et mystérieux : le cannage avec des vraies cannes, de la saucisse maison, du savon du pays, du yogourt (ouach, c’est comme ça qu’on fait ça, du yogourt!)…

Ma grand-mère ne faisait pas de recyclage. Il n’y avait pas de collecte dans son village en ce temps-là. Cette mode –là n’était pas encore arrivée à St-Adelphe.

Mais ma grand-mère avait ses vieilles habitudes.

Quand elle allait au marché, elle apportait toujours son sac de tissus maillé noir. Je ne comprenais pas pourquoi elle s’entêtait à ne pas simplement utiliser les sacs de plastique qu’on donnait à l’épicerie.

Comme sac à poubelle, elle utilisait ses vieux sacs de pain vides. Et un en papier pour le sec. Oui, elle triait ses poubelles. Car elle ne produisait pas assez de déchets et que donc, les déchets humides finissaient par sentir. En 90, cela me semblait bien farfelu. Elle lavait ses « saran wrap » et les réutilisait. Incompréhension totale de ma part. Elle gardait ses vieux bouts de savons qu’elle agglomérait aux savons neufs. Quand je demandais à ma mère si ma grand-mère était pauvre, elle me disait :  « non, c’est juste qu’elle a été habituée comme ça ».

Ma grand-mère était soit en retard… soit en avance sur son temps.

Non, ma grand-mère ne recyclait pas. Elle n’avait pas besoin : rien à mettre au bac de recyclage, car elle réutilisait. Elle ne gaspillait pas.

Aujourd’hui, c’est moi qui lave mes ziplocs, qui colle les vieux bouts de savons aux neuf et qui fait son savon. Pas parce que je suis pauvre mais parce que je suis riche d’une conscience qui me pousse à laisser la plus petite empreinte possible, dans un désir de participer à sauver notre planète malade. Et encore, je suis loin de l’accoter.

Grand-maman, tu ne recyclais pas pour te donner bonne conscience. Réutiliser faisait partie de toi, une habitude ancrée et logique. Même 20 ans après ta mort, tu continues de m’inspirer. J’espère à mon tour pouvoir en inspirer d’autres.

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